Sept ans après le magnifique « Ma Philosophie » qui l’a fait connaître, Amel Bent n’a rien perdu de son charme : elle est toujours aussi vive, enthousiaste et passionnée. Avec ce quatrième opus, sobrement intitulé Délit Mineur, la chanteuse nous prouve qu’elle est encore amoureuse de son art, et qu’entre la musique et elle, c’est pour la vie.
A 26 ans, Amel sait désormais ce qu’elle veut, et où elle va. « Je sors un album tous les deux ans, c’est devenu mon rythme. Généralement je prends 8/9 mois pour bosser concrètement dessus, mais après il faut savoir que j’y ai déjà réfléchi pendant la tournée précédente… » Deux ans après Où je vais, la chanteuse n’a pas changé d’équipe, elle a simplement proposé à certaines personnes en plus de la rejoindre dans son univers. « J’aime les histoires qui s’écrivent avec les mêmes protagonistes. J’adore la fidélité. Quand ça fonctionne, que tu travailles avec des gens qui comprennent ton univers et te supportent, se battent pour arriver au plus beau projet possible, je ne vois pas pourquoi changer ! » Nous retrouvons donc le duo auteur/compositeur François Welgryn et Jérôme Sebag. « Ils ont fait le corps de l’album » raconte Amel. « A chaque fois que j’entendais un de leurs titres, je me disais que j’aurais pu l’écrire : c’était dingue de voir à quel point ça me correspondait. C’est comme si c’était sorti de ma tête. » Une complicité artistique qui dure depuis quelques années déjà : « Jérôme est mélodiste et compositeur. Il a écrit « Tu n’es plus là », « Où je vais »… Et concernant François Welgryn, c’est aujourd’hui l’auteur qu’il me faut, parce qu’il sait écrire de belles choses tout en restant fidèle à ma manière de m’exprimer. Ce n’est jamais trop poétique, trop intellectuel, c’est juste dans l’émotion, le langage quotidien… » Elle poursuit : « D’album en album, nous avons trouvé un trio qui fonctionne : on entend les mêmes choses en matière de phonétique, de sonorités musicales, au niveau du texte… C’est vraiment une affaire qui marche. Nous avons quand même fait 6 ou 7 chansons sur un album de 12 titres ! »
L’émotion avant tout
Contrairement à ses disques précédents, Amel s’est mise en retrait en ce qui concerne l’écriture. « J’ai écrit 4 titres, c’est pas mal mais moins que sur l’album précédent, et encore moins que sur A 20 Ans, sur lequel j’avais quasiment tout écrit. Aujourd’hui je me sens à l’aise avec le fait d’écouter quelque chose qui fonctionne et qui me corresponde. Je n’ai pas l’égo assez haut placé pour me dire ‘il faut que ça sorte de moi !’ En tant que chanteuse, on est avant tout au service d’une chanson, ce qui compte c’est d’avoir un texte bien écrit. Et c’est une belle sensation d’avoir à interpréter une chanson que j’aime : j’essaie de lui donner ce que je peux de mieux en termes de voix, de feeling… Ce n’est pas juste ‘bien chanter’, c’est aussi faire vivre le texte. »
En plus de son équipe rapprochée, Amel a aussi fait appel à un trio connu et réputé : Olivier Schultheis, (DA sur la Nouvelle Star, compositeur pour Christophe Willem…) Jean-Pierre Pilot et William Rousseau. « Nous avons fait deux titres ensemble, dont un que j’ai gardé pour l’album. Ce morceau s’appelle « Il marche ». Je l’ai écrit en côtoyant des malades atteints de chorée de Huntington (Amel est devenue marraine de l’association Huntington Avenir le 25 mai dernier). Tout le monde a besoin d’être aidé dans la souffrance de la maladie, et ce qui m’a touché c’est d’avoir été confrontée à des gens de mon âge, de 25, 30 ans, qui ont vécu normalement, et d’un coup, on leur annonce qu’il leur reste 10 ans à vivre… Parmi ces personnes, il y a Felix, un garçon qui dit qu’il est amoureux de moi, qu’il veut se marier avec moi… Voilà 5 ans que je le vois régulièrement. Quand je l’ai connu on jouait au foot ensemble, et maintenant il ne marche plus, il ne sort plus de chez lui. La chanson ne parle pas de la maladie, mais elle parle de ce garçon, parce qu’à chaque fois que je le vois il me remet les idées en place, ce qui se lit dans ses yeux ça vaut toutes les paroles du monde… Malheureusement il a arrêté de marcher, mais pour moi il marche, parce qu’il a toujours cette dignité, cet humour, cette classe… »
Petits moments de vie…
Pour surprendre son public, Amel a choisi comme premier extrait un titre signé Benoît Poher, le chanteur du groupe Kyo. Un morceau qu’elle n’avait pas vraiment prévu, jusqu’à la dernière minute… « Il y a une histoire rigolote autour du choix de ce single : j’ai rendez vous avec mon directeur artistique, et nous écoutons l’album dans son bureau. Nous hésitons entre deux titres pour le premier single, et à ce moment là le DA reçoit un mail de Ben qui lui dit qu’il a écrit un titre pour moi. Honnêtement je n’y croyais pas trop, même si j’adore Kyo et j’adore ce que fait Ben, je n’étais pas sûre que ça pouvait coller… » Mais dès la première écoute, Amel tombe amoureuse de ce « poème ». Et même si d’habitude elle a tendance à préférer les « petits moments de la vie de tous les jours », elle accroche immédiatement : « c’est vraiment de la poésie, et comme je l’ai toujours dit, j’ai du mal avec les trucs trop poétiques, parce que je n’aime pas trop les images. J’aime bien les petits moments de vie, c’est pour ça que j’adore Cabrel, Aznavour… Ce sont souvent des moments remplis de vérité. Mon émotion passe par ça, j’ai besoin de petits détails… » Cependant, elle avoue : « Pour des beautés comme « Je Reste », je veux bien faire des exceptions (rires) ! » Elle confirme : « ce qui me parlait vraiment dans ce titre c’est son thème : aujourd’hui j’ai 26 ans, et je commence à penser à me mettre en couple… Ou pas ! Je pense à la cohabitation. J’ai des amis qui sont déjà dans ce cas là, et souvent ce qui revient c’est : ‘il m’aime, je l’aime, mais quand même : qu’est ce que c’est difficile, qu’est ce que c’est dur de faire cohabiter deux univers. Comme Ben l’a écrit dans la chanson : « Je reste à la lisière de toi, tu restes à l’orée de moi… » On s’abime, on se déchire, mais en même temps notre histoire est tellement belle que je reste ! »
Des chansons tristes
Une autre collaboration inattendue, c’est celle avec l’un des grands noms de la variété française Jean Jacques Goldman. « Je l’ai croisé sur la dernière édition des Enfoirés… Je lui ai dit de but en blanc « tu vas me prendre pour une dingue, mais j’aimerais beaucoup chanter une chanson de toi ! » Il m’a répondu « franchement, je ne pense pas être à la hauteur par rapport au style de musique que tu fais ! » Je lui ai répondu « mais ça ne va pas ou quoi ! (rires) » Le résultat est un sublime guitare voix intitulé « Si j’en crois », qui parle de rupture amoureuse et de peine de coeur.
Et ce n’est pas tout, l’immense Maxime Le Forestier a lui aussi accouché d’un texte sublime pour Amel : « Mineure », basé sur une idée de la chanteuse. « Tous les matins quand je me réveille, je pense au fait que j’aime trop les chansons tristes. Si j’étais une chanson, je serai en mineur » ! Je voulais faire un titre qui mélange le coté ‘chanson mineure’ et jeune fille mineure, avec tous les problèmes qu’elle peut avoir. Maxime a adoré l’idée et c’est d’ailleurs de cette chanson que m’est venu le titre de l’album Délit Mineur. Vu que je m’accroche tellement aux chansons tristes, c’est presque un délit à la fin, de n’aimer que ça ! » Le morceau Délit Mineur, qui clôt l’album, explique donc ce reproche qui revient de temps en temps, de trop aimer les chansons tristes, voire la musique en général… « On me reproche des fois de ne pas être dans la vraie vie, comment je pourrai tout miser là dessus… Il faut que les gens comprennent : ce n’est pas comme si j’avais misé ma carrière là dessus, j’ai misé ma vie ! »
D’autres surprises attendent l’auditeur sur ce nouvel opus, comme le touchant « Tu fermes les yeux », sur lequel Amel a invité sa petite sœur. Cette chanson parle de la situation difficile que vivent de nombreuses familles, lorsque la grande sœur doit quitter le domicile parental. C’est d’ailleurs le seul featuring d’un album qui pourrait être, selon Amel, son disque le plus réussi. « Ce qui est drôle, c’est que dès le deuxième album on me disait : ‘c’est un peu l’album de la maturité’. Moi je répondais toujours : non, ça ne l’est pas ! (rires) J’ai 20 ans, quelle maturité ? Je suis encore un bébé… »
Confiante et heureuse du travail accompli, Amel conclut, le sourire aux lèvres : « Pour moi c’est le plus beau de mes quatre albums. Je ne dis pas que c’est celui qui va le mieux marcher, je m’attends à tout. Mais je n’ai pas peur de me battre, je vais aller défendre mon disque parce que je pense qu’il le mérite ! »



